Si, pour certains, parler de yoga
et de leurs pratiques repose sur l’analyse, la mise en œuvre, l’acquisition de techniques propres à développer telles ou telles choses, pour moi, parler du KUNDALINI YOGA ne peut se faire
qu’à partir de mon histoire d’homme, dans la mesure où il s’agit en dernier recours de transmettre l’amour et la chaleur que j’ai connu, reçu enfant au Maroc.
ENFANCE :
Jusqu’à l’âge de 12 ans et demi, j’ai vécu au Maroc. Ce que je garde de cette période de ma vie c’est l’image d’une chaleur, d’une proximité,
comme une sorte de simplicité dans les rapports humains.
Et si, petit, j’étais joyeux et chantais en regardant les passants, mon arrivée en France marque la première rupture, le premier
retournement. Bien sûr je ne parlais pas français et de premier de la classe je me suis retrouvé faire un CAP d’imprimeur.
Mais le plus important, dans cet exil, c’est l’étonnement, non pas devant les montagnes grenobloises qui m’ont accueilli, mais devant cette
forme de distance entre les gens, comme si l’absence de soleil entraînait l’absence de sourire, de légèreté. Je ne comprenais pas pourquoi les enfants aux beaux vêtements étaient tristes, peu
aimables, pourquoi les gens ne se touchaient pas. J’étais surpris par ce décalage, je suis toujours surpris par ce décalage. Cet étonnement, cette surprise, ce choc, ne s’expliquent pas
uniquement par le changement de climat, de décor, de rythme et de conditions de vie mais par l’influence des hommes que j’ai côtoyé enfant.
Habitant le quartier juif de Rabat, j’ai vécu dans le vivier mystique de ce monde où j’ai croisé des personnages incroyables. Des rabbins
reconnus dans le monde entier pour leur sagesse et leur humanité, vivant là, en exerçant les métiers les plus humbles, souvent cordonniers. J’ai baigné dans cette atmosphère très
particulière où je me précipitais, petit, vers ces hommes pour leur baiser la main alors qu’ils me transperçaient du regard. Regards d’une compassion et d’un amour infini, dont on ne se remet pas
et qui marquent à jamais certains chemins, certaines quêtes, certains êtres et font qu’il est difficile, ensuite, de se contenter de regards fuyants, de mensonges, d’indifférence. C’est à
travers leurs actes, leurs gestes, leurs regards, que ces hommes nous nourrissaient d’amour. Près d’eux, le verbe était superflu.
Décalage entre ce quartier juif du Maroc et les rues de Grenoble, d’autant plus que malgré mes nombreux frères et soeurs, j’étais l’un des
seuls de la fratrie à être en proie à cet étonnement. C’est de là que date cette soif intérieure qui me pousse, m’agit, m’invite à chercher. Il fallait que je trouve quelque chose pour
me nourrir, il fallait que je me sauve.
A 14 ans, on m’appelait « le biafrais», alors, pour la première fois, je suis entrée dans une salle de gymnase, je me suis inscrit et j’ai
fait 3 ans de culture physique, premiers pas vers un ailleurs.
A 17 ans, j’ai rencontré les « Arts Martiaux » et je suis devenu professeur pour enfants et adultes à 26 ans.
Parallèlement à cela je travaillais, changeant d’emploi régulièrement, l’imprimerie, l’assurance, la vente d’encyclopédies, la responsabilité
d’une imprimerie. J’ai fait du commerce, de l’importation, autant de métiers où je cherchais quelque chose pour nourrir mon âme.
RENCONTRE AVEC LE YOGA :
En 1983, j’ai quitté l’enseignement des Arts Martiaux .
En 1985, j'ai découvert le HATHA YOGA, que j’ai pratiqué pendant 3 ans.
Je sortais des cours joyeux mais quelque chose de moi restait sur sa faim.
C’est en allant à une séance que je suis tombé sur une affiche parlant du KUNDALINI YOGA. Plus qu’une interpellation, je fus bouleversé au
premier cours, sortant de là en larmes. C’est là qu’a pris naissance ma véritable remise en question, à travers la pertinence, l’énergie de ce travail, à travers la vie ressentie là.
Ce fût comme une révélation. En effet, ce travail permet d’éveiller ce qui somnole en nous.
Le KUNDALINI YOGA m’a permis de recontacter ma pétillance intérieure, ma joie, de vivre un bien-être sans autre intermédiaire que le souffle,
le mouvement et le corps.
J’ai compris à travers de cette pratique que l’être humain est un « Trésor Vivant » qui s’ignore parce qu’éloigné de lui-même.
En me rapprochant de moi-même par cette pratique, je me suis rapproché des autres.
Je suis devenu élève de « KARTA SINGH KHALSA», lui même disciple de « YOGI BHAJAN » maître de kundalini yoga et de tantra
blanc, dont j’ai également suivi quelques enseignements.
Par ailleurs, j’ai reçu un enseignement en SAT-NAM RASA YAN avec « GURU DEV SINGH», le plus proche disciple de « YOGI
BAJAN ». Cette discipline nous montre comment soigner l’humain, en entrant en résonance avec lui.
Parallèlement à ces enseignements, j’ai eu besoin d’aller acquérir une connaissance scientifique pouvant faire écho à l’énergie ressentie dans le Yoga. Pour ce faire, j’ai suivi une formation de
Bio Energéticien avec René NAKACHIAN.
L’ENSEIGNEMENT :
Au fur et à mesure de ma pratique, s’est imposé à moi la nécessité de donner sens à ma vie et le besoin de transmettre ce qui m’avait été donné
a pris place de manière de plus en plus virulente.
J' ai quitté mon travail pour devenir enseignant de gymnastique dans une école, et j’ai débuté l’enseignement du KUNDALINI YOGA; comme si, ne
pas transmettre cet acquis relevait pour moi, de « non-assistance à personne ayant perdu sa joie et son énergie ».
Mon premier cours fut à la fois une épreuve et une leçon : une seule élève venant pour le premier cours gratuit avant de quitter
Grenoble.
A ce jour, je pratique le kundalini yoga depuis 1988 et je l' enseigne depuis 1996.
A travers cet enseignement, je constate que l’être humain est fabuleux et qu’en donnant, en s’ouvrant aux autres, nous recevons tant et
plus.
Je découvre combien nous sommes responsables de nous mêmes, qu’il appartient à chacun d’entre nous de se prendre en charge, de prendre en main
notre joie, notre santé, notre bonheur. Que nul ne peut faire l’économie de s’occuper de soi et qu’en s’occupant de soi véritablement nous nous occupons des autres.
L’expérience pertinente de ce yoga me donne l’espoir et la volonté de continuer à transmettre parce que l’amour et la joie n’ont pas de limites
et qu’il s’agit ici essentiellement d’une histoire d’amour d’humain à humain.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment accru de ne rien connaître, tellement il y a encore à découvrir, cependant je sais que ma limite est au niveau
de la conscience dans laquelle je suis, elle est donc changeante et ce que j’entrevois aujourd’hui me bouleverse déjà, je n’ose imaginer demain.
Chaque stage est toujours pour moi le premier par l'intensité des émotions et expériences vécues dans ces espaces
d'humanité.
RENCONTRES :
Il me reste à vous parler encore de deux rencontres sans lesquelles rien de tout cela ne serait.
La première, c’est avec ma grand-mère. Elle est partie du Maroc avant nous pour Israël et je l’ai retrouvé lorsque j’avais 19 ans, lors de mon
premier voyage là-bas.
Cette femme, ma grand-mère était un être fabuleux, elle aimait les humains, au-delà de toutes connotations raciales ou religieuses. Elle m’a
appris par sa façon d’être ce que c’est que de communiquer, ce qu’est aimer, au-delà des mots.
Elle a été pour moi un maître, à travers ses actes, ses gestes. Gestes d’une présence, d’une vigilance, d’un amour infini. Elle parlait peu.
Grâce à elle, je garde l’empreinte indélébile de ce qu’est l’amour inconditionnel.
Ses actes les plus banals marquaient le respect et l’amour de l’autre.
Ma grand-mère n’a jamais franchi les portes de la moindre école mais dans son village tout le monde l’appelaient « ma mère », même
les personnes plus âgées qu’elle.
La deuxième rencontre qui a marqué mon existence est celle des grands maîtres du monde tibétain dont, KALOU RINPOCHE, SITOU RINPOCHE, BOKAR
RINPOCHE et le DALAÏ LAMA. Le monde tibétain qui, de par son histoire incroyable, massacré, dispersé, garde la flamme de l’amour de l’autre afin de partager son enseignement aux quatre coins du
monde.
Avec eux, j’ai appris qu’au-delà de toutes croyances, le plus important restait l’être humain.
De ce cheminement multiculturel, il me reste une urgence, celle d’être heureux, joyeux, près de moi-même.
Ainsi, c’est à travers la pratique du KUNDALINI YOGA, à travers son enseignement, que se joignent en moi l’enfant joyeux que j’étais et
l’adulte que je suis devenu, toujours en quête de cette manifestation essentielle qu’est l’amour inconditionné de l’autre, toujours nostalgique des regards d’amour infini qui m’ont transpercé
enfant.
KUNDALINI YOGA :
Tout le travail sur le KUNDALINI YOGA est basé sur le RESSENTI. Se laisser
surprendre comme si vous ouvriez un superbe cadeau dont vous ignorez absolument la teneur. Se donner l’autorisation d’ouvrir un champ du
possible afin d’être le plus proche de soi et de l' autre.
A QUOI SERT LE YOGA ?
Si le yoga ne me permet pas d’aller à la rencontre de moi-même et de l’autre, d’être plus chaleureux, plus humain, plus joyeux, plus ouvert,
plus humble, plus relié à la nature profonde de l’humain que je suis afin que tout cela colore et transforme mon quotidien, à quoi sert-il donc le yoga que je pratique ?
Je finirais par cette phrase : J’ai compris que le plus petit des hommes pouvait agir sur son destin.